Adrien Fregosi – Les moyens du bord : intranquillité et poésie au MIAM de Sète

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AdrienPar Romain Rougé – Lagrandeparade.com/ Le Musée international des Arts Modestes (MIAM) propose une exposition monographique d’Adrien Fregosi (1980-2024), artiste autodidacte nourri par les cultures alternatives allant du graffiti au fanzinat, dont l’œuvre s’avère surprenante de lyrisme. Sa mise en lumière au MIAM allait de soi puisque l’artiste a travaillé à Sète les dix dernières années de sa vie.

Suspendue au-dessus de l’espace d’exposition, une imposante lune rose nous accueille. Conçue par Bruno Peinado, cette lune « refuge pour les personnes trop sensibles, une lune de guérison, d’éveil et de nouveau départ » reflète les sentiments qui vont nous traverser en développant une certaine affectivité pour Adrien Fregosi .

De rencontres, il en sera d’ailleurs beaucoup question ici, surtout avec des figures énigmatiques qui habitent (hantent ?) bon nombre de tableaux : fantômes bienveillants, têtes en forme de gouttes d’eau à la gémellité troublante, silhouettes aux regards obscurs qui se fondent dans des décors abstraits aux couleurs saturées et/ou pailletées, Sisyphe contestataire qui illustre « l’idée d’endurance et de courage face aux événements de la vie »…

La sensibilité d’Adrien Fregosi se ressent, nous percute et laisse échapper des fragments d’âmes. L’artiste est là, personnifié dans le vide des bancs publics de la ville de Sète installés dans l’exposition (sur lesquels il aimait passer du temps).

fregosiAdrien Fregosi : poésie, dualité et instant présent

Les moyens du bord (titre inspiré d’un fanzine créé par Adrien Fregosi), c’est cette atmosphère. Une atmosphère singulière (Sète, évidemment), apaisée, mélancolique, amicale, qui nous incite à s’ancrer dans le présent, à déposer les armes avec la complicité d’artistes conviés à participer à l’expo (20 au total).

« Don’t look back, the past may be gaining on you again » (Ne te retourne pas, le passé risque de te rattraper à nouveau) apparait avec l’aigle ensanglanté de Raymond Petitbon, faisant lui-même écho à un oiseau sans ailes dont le corps nous dit « Prends ces ailes brisées et apprends à voler ». Ces mots deviennent des pulsations, ceux de l’artiste ou de ses amis sont utilisés pour donner le ton doux-amer du parcours, nous révélant que la vie elle-même est un long fleuve intranquille.

Ici et là, l’idée de solitude et d’isolement transparait, souvent dans des yeux noirs dégoulinants, dessinant la personnalité ambigüe de l’artiste : un esprit attachant, punk, ironique, doté d’un coup de crayon ou de pinceau profondément cathartique. Comment ne pas être touché(e) par ces petites sculptures en papier mâché réalisées à partir de carton d’emballage des médicaments de chimiothérapie ? Visages résilients et vaillants face à la dureté de la maladie…

Sûrement que cette exposition suggère une urgence de vivre autant que la nécessité de ralentir, de s’octroyer du temps. Le temps de s’arrêter devant des œuvres à la poésie salvatrice.

Adrien Fregosi – Les moyens du bord
Jusqu’au 11 mars 2027
Musée international des Arts Modestes (Sète, Hérault)

 

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