Par Félix Brun – Lagrandeparade.com/ Douze histoires, douze déclinaisons d’une des maladies de notre civilisation : la possession sous toutes ses formes, sous tous ses travers, ses faiblesses, ses débauches, ses maux… ! Douze nouvelles qui ont pour théâtre les Etats-Unis, l’Irlande du Nord, le Kenya, l’Angleterre, douze récits sur l’asservissement, l’accumulation, la soif du gain, la domination amoureuse, la maîtrise en amitié, l’obsession de détenir le pouvoir… !
Les personnages sont singuliers mais également réalistes dans une société occidentale empêtrée dans ses défauts, dans ses vices, dans ses tares. « La méchanceté pure était devenue une forme de divertissement »…et Internet, « L’espace de lynchage par excellence. Une foule beuglante qui estime que tout est de la merde. » Un jeune adulte refuse de posséder sa propre autonomie et sa liberté, restant à demeure chez ses parents, en simulant la fragilité : « La faiblesse est une arme, qui plus est d’une efficacité diabolique. » Lionel Shriver ne se prive pas d’égratigner dans cette scanographie de notre corps social ceux pour qui, « L’enseignement confèrerait l’autorité arbitraire mais cependant absolue des dictatures de pacotilles,[…] et avec un humour décapant les relations entre les individus : « Le mariage est peut-être comme une cocotte, mais, au-dessus comme au-dessous du couvercle, il y a quelque chose de noir et d’insondable ». Pour certaines, « La propriété était autant un état d’esprit qu’un droit légal. »
L’écriture est subtile, sensible et jouissive : l’auteure dissèque avec précision et acuité nos hypocrisies, nos tromperies, nos arrangements, notre acharnement, notre entêtement, notre propension à toujours désirer, posséder, maîtriser. Une très bonne lecture, presque jubilatoire.
Propriétés privées
Auteure : Lionel Shriver
Traduction : traduit de l’américain par Laurence Richard
Editions : Belfond
Date de parution : 20 février 2020
Prix : 21€


