Par Félix Brun – Lagrandeparade.com/ 1953…Dakota du Nord. La tribu des Chippewas a subi le sort du peuple indien des Etats-Unis d’Amérique : la réserve avec ses sentiments d’assimilation imposée, de « parquage », de ségrégation, de difficultés économiques, d’exploitation et de misère…et, en cette année 1953, Washington projette une loi remettant en cause les traités signés de haute lutte pour « nous rendre tous invisibles comme si nous n’avions jamais été ici, de tout temps ici ». Le texte s’intitule « Emancipation », pour… « Les émanciper de leurs terres. Les libérer des traités que son père et son grand-père avaient signés, des traités censés durer toujours. Comme toujours , on cherchait à se débarrasser d’eux pour résoudre le problème indien ».
Thomas Wazhask « Président du conseil tribal de Turtle Montain » et veilleur de nuit dans une usine de pierre d’horlogerie, va mener le combat, l’opposition contre cette résolution du Congrès des Etats-Unis. « Celui qui veille » sur le peuple Chippewas va galvaniser les habitants de la réserve et décide d’aller à Washington les défendre contre cet affranchissement masqué… « Dans la presse, l’auteur de la proposition de loi avait construit autour de son texte un nuage de grands mots-émancipation, liberté, égalité, succès- qui maquillaient la vérité : la « termination ». Ne manquait que le préfixe. Le « ex ». »
Au milieu de cette lutte, Pixie une jeune ouvrière de l’usine de pierre, nièce de Thomas, part à la recherche de Véra sa sœur qui, après son départ pour Minéapolis, « la grande ville », n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs mois…Un de ses cousins, hanté par un esprit, a vu au cours d’un de ses délires Véra « allongée sur le dos, vêtue d’une robe sale, un linge en travers de la gorge. Immobile mais vivante »…avec un enfant dans ses bras ! Les deux quêtes vont –elles aboutir pour Thomas et Pixie, et à quel prix ?
Louise Erdrich signe un roman remarquable, inspiré par l’histoire de son grand-père Patrick Gourneau qui a laissé une abondante correspondance de son action pour sauvegarder les droits du peuple indien. Un roman lumineux, vibrant, émouvant ; une galerie de personnages attachants et atypiques, particulièrement touchants, qui luttent pour survivre, pour leurs traditions, leur territoire. Malgré la misère et la faim, les Chippewas refusent l’assimilation et « l’émancipation » synonymes de disparition. La plume de Louise Erdrich est directe, poétique, dynamique ; les métaphores sont riches. Un livre qui démontre que les hommes et les femmes de conviction sont en capacité de combattre l’injustice et l’infamie. Un véritable appel à l’humanité, à l’amour, à la vie. Le prix Pulitzer 2021 a été fort justement attribué à ce merveilleux roman et à sa brillante et lumineuse auteure.
Celui qui veille
Auteure : Louise Erdrich
Traduction : traduit de l’américain par Sarah Gurcel
Editions : Albin Michel
Date de parution : 5 janvier 2022
Prix : 24€


