Par Félix Brun – Lagrandeparade.fr/ Dans ce « faux roman policier » de Jim Harrison, au titre révélateur et attrayant, on retrouve l’inspecteur Sunderson, le flic de « Grand Maître » : nouveau retraité, ce dernier veut se dédier à sa grande passion, la pêche en rivière. Dans le Nord Michigan, il achète une cabane pour assouvir son culte aux truites et à la nature mais cette sage résolution le conduit dans une contrée où règne la famille Ames, qui applique un code particulier et perpétue meurtres scabreux, viols, incestes, agressions violentes : « aucune (famille) n’avait plus mauvaise réputation que les Ames. Il était certain que si l’on pouvait avoir une discussion avec chacun de ses membres -hypothèse peu vraisemblable-, aucun d’entre eux ne reconnaîtrait avoir jamais respecté la moindre loi. Ils étaient leur propre culture, leur propre civilisation. « Au fil des crimes, viols et délits en tout genre commis par les Ames, Sunderson , antihéros par essence, s’évertue de son côté à dresser un bilan de sa vie, de ses moments de gloire, de ses échecs conjugaux, de sa libido sensible et tumultueuse. Tout jeune, il a entendu à l’office dominical un sermon sur les sept péchés capitaux : il analyse à travers chacun d’entre eux son existence, ses expériences et ses égarements: « Les hommes sont prêts à aller au bout du monde pour un joli cul. »
Jim Harrison nous embarque dans de beaux paysages, d’enthousiasmantes forêts, des espaces immenses et déserts ou encore des rivières capricieuses et enivrantes….mais au-delà de ces passages remarquables, est dépeinte une société rurale, rude, sans concession, d’où il fait émerger les contradictions de l’homme. « L’orgueil se détecte difficilement. Il s’enracine au plus profond de nous-mêmes et peu de gens réussissent à s’en débarrasser. » Le sexagénaire s’interroge, tente de prouver sa santé sexuelle, et son pouvoir de procréer encore, « parce que l’âge était en lui-même synonyme d’une diminution de tous les possibles. »
[bt_quote style= »default » width= »0″]L’alcool faisait partie intégrante du culte de la gloire, du bonheur et de la bêtise. [/bt_quote]
Même s’il faut avoir un cœur solide et un estomac à toute épreuve pour lire « Péchés Capitaux », on se délecte de cette écriture truculente, entre l’obscène et la délicatesse, le scabreux et la subtilité. Jim Harrison passe en revue ses thèmes de prédilection: la bonne cuisine, le bien boire, le sexe, le couple, et, en toile de fond, la culpabilité de la société américaine à propos du massacre des indiens : « Les Indiens, c’est le grand cadavre dans le placard de l’Amérique.[…]L’histoire de l’Amérique c’est l’histoire de la cupidité. Nous avons annihilé les Indiens et pris toutes leurs terres. »( Extrait d’un entretien accordé par Jim Harrison à François Busnel, « Lire » octobre 2015).
Vous aurez un plaisir intense à découvrir ce roman qui sent les grandes prairies, les sous-bois majestueux, le bon vin, la bonne chère, l’ail, les étreintes fougueuses et les bas-fonds de l’Amérique .
[bt_quote style= »default » width= »0″]Sunderson était un luddite invétéré, un Don Quichotte rêvant d’un monde qu’il ne verrait jamais.[/bt_quote]
Péchés capitaux?
Auteur : Jim Harrison ?
Traduction: Brice Matthieussent?
Editions : Flammarion?
En librairie le 2 septembre 2015
Prix : 21€


