Par Victor Waqué – Lagrandeparade.fr/ La compagnie Tabula Rasa a présenté au théâtre Jean Vilar « J’espère qu’on se souviendra de moi ». Six personnages racontent tour à tour une même histoire. A travers des monologues savamment écrits et des comédiens au jeu d’acteur délicat, nous sommes projetés dans l’esprit d’hommes et de femmes marqués par Carlos.
Sur scène, de grands miroirs dans lesquels les personnages se dédoublent. L’atmosphère est sombre, les reflets ténébreux. Un musicien joue des airs courroucés, illustration de l’humeur des personnages. Tous différents, tous touchés. Ils demeurent immobiles, face au public, à nous conter leur histoire. Ce parti pris scénique rend parfois la pièce monotone. Chaque monologue long de dizaines de minutes nous amène à certains moments de torpeur. Si l’on décroche parfois, on savoure ce texte brillamment structuré.
Tous parlent de Carlos. Dans une pizzeria, un homme ventripotent agresse un client, sous le regard stupéfait de la salle. Carlos, présent, s’approche et plante son tournevis de mécanicien dans la gorge de l’agresseur qui s’effondre, mort. Carlos est jugé, puis emprisonné. Ce sont ses parents, un ami, sa femme, un témoin et lui même qui apparaissent sur scène. Chaque personnage est marqué. Transformé. Le père de Carlos est perclus de honte. Comment son enfant a-t-il pu se transformer en assassin ? Il élude le contexte de l’agression pour transformer son fils en meurtrier. A l’inverse, le client aimerait remercier Carlos, qui l’a secouru. Mais comment remercier un assassin ? Lui aussi, s’il avait osé, il l’aurait tué. Encore un autre regard, celui de son ami et collègue, qui dépeint la personnalité de Carlos : chaleureux, passionné. Homme de principes. Plus on avance dans la pièce, plus cet assassin retourne à l’état d’humain : mélange de qualités et de défauts.
Avec ce récit, chaque personnage parle de lui. Dans le reflet de Carlos. Le père questionne son existence, contrainte et pesante. Comme Carlos. L’ami en décrivant son compagnon se questionne sur son travail. Il aimerait trouver un emploi qui le rende heureux, comme Carlos. Pour la femme, le meurtre est un électrochoc. Elle va vivre dans l’instant présent. Comme Carlos. Chaque personnage est marqué au fer rouge par cette histoire qui l’amène à évoluer. Ce n’est pas le meurtre que les comédiens questionnent mais leur vie. Si certains personnages proposent quelques pistes optimistes, c’est surtout le mal-être, comme une couche qui colle à la peau qui est décrite. Alors qu’un homme est mort, que l’autre est en prison, ce sont tous les personnages qui souffrent. Travail, amour, relation parent-enfant. C’est au tour des spectateurs de se refléter dans le récit des comédiens.
« J’espère qu’on se souviendra de moi » décrit un meurtre dont les conséquences dépassent l’acte de Carlos. C’est tout un microcosme qui se voit bouleversé. Nous aussi !
J’espère qu’on se souviendra de moi
??Texte : Jean-Marie Piemme
Mise en sce?ne : Se?bastien Bournac
Accompagnement musical : Se?bastien Gisbert
Conception sce?nographique : Christophe Bergon, Lato sensu museum
Cre?ation lumie?re, re?gie ge?ne?rale : Philippe Ferreira
Re?gie plateau, construction des de?cors : Gilles Montaudie?
Re?gie son : Loi?c Ce?lestin
Conseil en motorisation : Ste?phane Darde?
Cre?ation des costumes : Noe?mie Le Tily
Assistant a? la mise en sce?ne : Yohan Bret ?
Avec : Nathalie Andre?s, Alexis Ballesteros, Franc?ois-Xavier Borrel, Alexandra Castellon, Re?gis Goudot et Pascal Sangla
?Dure?e : 2h
Production : compagnie Tabula Rasa
?Coproduction : The?a?tre Sorano – Toulouse ; Sce?ne nationale d’Albi ; Le Parvis – Sce?ne nationale de Tarbes?Avec le soutien de l’ADAMI et de la SPEDIDAM.
Dates et lieux des représentations:
– Les 1 et 2 février 2018 au Théâtre Jean Vilar – Montpellier ( 34)

